Mon premier contrat aux Îles-de-la-Madeleine

C’est durant un long séjour passé au Honduras que j’ai décidé de prendre un contrat de travail avec une agence de placement nommée Agence de Placement Nomade au lieu de retourner travailler avec le public. La pandémie m’avait brûlée moralement et l’idée de retourner dans des conditions de travail difficiles et restrictives après avoir passé 7 mois à préparer des piña coladas nu-pieds me faisait peur.


Pour clarifier, quand on dit qu’une infirmière travaille pour le “public”, on veut dire qu’elle est employée directement par le centre de santé où elle travaille. Une infirmière en agence de placement (appelons-la une IAP) est employée d’une agence privée qui connaît les besoins en personnel des centres de santé publics et qui l’informe des différents contrats qu’elle peut prendre pour combler ces dits besoins. En fonction de ses intérêts et de ses compétences, l’infirmière peut aller travailler où bon lui semble et pour une durée de temps déterminée ou pas. Elle n’est pas employée directement par le centre de santé public, mais elle y travaille aux côtés de ses consœurs via un autre employeur. Elle peut toujours essayer de prolonger son contrat ou même de le briser prématurément et d’en assurer les pénalités financières.

Donc, quand j’ai senti qu’il était temps pour moi de revenir au Québec, j’ai appliqué sur un contrat de travail de trois mois en salle d’accouchement et, comble du bonheur, j’ai été prise. Je m’en allais aux Îles-de-la-Madeleine! J’ai sauté de joie dans le salon hondurien où les sofas sentaient le mouillé, devant les yeux grands ouverts de mon colocataire qui se disait probablement qu’il faisait bien trop chaud pour bouger de même. 


Deux mois plus tard, après de longues péripéties aériennes (pas toujours facile de se rendre en région insulaire!) j'atterrissais dans la pluie et le vent, en retard pour mon quart de travail et sans transport en vue. 

« C’est pas grave, tu vas voir c’est ça les Îles. Arrives quand tu peux. »

Ma future collègue m’a-t-elle répondu quand je l'ai appelée avec le téléphone du motel où j’allais être logée pour les trois mois suivants. Fiouf! 

«C’est pas grave, tu vas voir c’est ça les Îles. Arrives quand tu peux.»

C’est quand même avec une certaine nervosité que je suis arrivée sur le département et qu’après deux jours d’orientation, j’étais au travail. Dans certains centres, l’orientation ne dure que quelques heures alors, looking back, j’ai été quand même chanceuse. Il faut dire que j’arrivais des grands centres où j’avais toujours eu une équipe sur qui m’appuyer. Aux Îles? Rien petoute! En salle d’accouchement, j’étais seule à gérer mon petit poste et mes petites madames. J’avais de la documentation et un médecin au bout du fil, mais ce fut quand même un vrai coup de let’s go ma belle débrouille toi toute seule. Bonus: Je devais aussi aider du côté de l’unité multi-clientèle a.k.a tous les patients hospitalisées de l’hôpital. 

Désagréable? Pas du tout. 

Confrontant? Vvouiii. 

Ma médecine remontait à certains stages et une trempette d’orteil; moi, je ne savais plus comment faire ça. 



Malgré toutes ces situations inhabituelles, j’ai réalisé durant ce contrat là que j’avais bien ma place dans la profession et que mes connaissances étaient valides. C’est aussi là que j'ai pu apprécier le bel accent, l’humour et les lunchs aux fruits de mer des Madelinots. Sans plaisanter, une amie s’est fait offrir une canne de moules maison en guise de remerciement pour ses bons soins. C’est pas en ville qu’on a des cadeaux de même!



Je ne peux pas décrire ce contrat de travail sans parler des amitiés qui se sont formées. Un peu comme en voyage, d’être plongée dans la même situation que des inconnues force des amitiés rapidement, intensément et brièvement. C’est d’aller marcher sur le plut haut sommet des îles (une butte) avec une personne venant d’un autre coin du Québec et finir par la voir tous les jours pendant tout ton contrat. C’est de revoir certaines amies dans de futurs contrats, d’autres de retour à la maison et d’autres plus jamais.

Les potlucks improvisés étaient les événements les plus divertissants de la semaine.


En trois mois, le climat est passé de “vent chaud” à “pluie à l’horizontale et rafales qui arrachent les portes” et il fût temps pour moi de rentrer à la maison. J’ai remballé mes uniformes, rangé mon vélo pour qu’il rouille en paix dans un cabanon et je suis revenue à la maison sur un vol beaucoup plus accommodant qu’à l'arrivée. Le bel archipel était maintenant derrière moi et allait certainement me revoir!


Un contrat en agence, c’est excitant initialement, puis un peu frustrant parce que les démarches ne se font pas aussi vite qu’on l’aurait souhaitée ou qu’il faut encore faire une formation sur le lavage des mains.

C’est excitant à nouveau parce qu’on reçoit l’adresse de son logement, puis stressant parce qu’on réalise qu’on s’y rend bientôt.

C’est aussi décevant, car on se rend compte qu’on va manquer la fête des mères ou la fête de sa sœur.

Ça demande de l’adaptation car les soins donnés dans notre milieu d’assignation ne correspondent pas toujours à ce dont on a été habituée et que la clientèle peut être nouvelle. Après tout, le Québec est grand et la culture diffère dans chaque région.

C’est touchant car, dans des petites communautés, les gens nous reconnaissent et sont parfois très heureux de voir que nous sommes de retour. Surtout en salle d’accouchement où les nouvelles mamans se rappellent très bien de celle qui leur a tenu les jambes pendant les poussées.

C’est soulageant, car on peut enfin retourner à la maison et prendre le temps qu’il faut avec celles qu’on aime et qui attendaient notre retour.

Pour les curieuses, les briseuses de routine et celles qui n’ont pas peur des défis, la vie en agence, c’est le paradis!

Tu veux aller aux Îles-de-la-Madeleine? Tu y es allée et as une expérience à partager? J’adorerais te lire! 


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