Être IAP dans les grands centres
Les grands centres métropolitains sont souvent le milieu que les infirmières en agence de placement tentent de fuir; trop de monde, trop de stress et pas assez de temps pour soi. Par contre, après des années sur la route, plusieurs d’entre elles manifestent le désir de revenir près de la maison pour profiter de leurs proches ou d’entreprendre de nouveaux projets. Daven, un infirmier en soins critiques, nous parle de son parcours, de son retour en ville et des défis qui y sont associés.
Pissssst. T’as pas envie de lire aujourd’hui? Ça tombe bien car l’entrevue complète est disponible en version audio au bas de la page!
Daven a commencé ses études en soins infirmiers tout de suite après le secondaire. Comme les CEPI (Candidates à l’exercice de la profession infirmière) ne pouvaient pas faire d’urgence à ce moment-là, il a débuté en neurochirurgie puis s’est dirigé vers l’urgence dès que ce fut possible. Trois ans plus tard, il a décidé de quitter le public pour aller travailler en région éloignée tout en jonglant avec des contrats d’enseignement au cégep.
Pourquoi a-t-il choisi les agences de placements? Car il aime toucher à tout et bouge à 100 miles à l’heure!
Les régions du Québec l’appellaient et il savait que ce serait via une agence qu’il allait réussir à découvrir la province et s’épanouir. Depuis, il compte 11 centres de santé à son actif, des très petits comme des très gros.
Cette année, il décide de se rapprocher de ses proches et de revenir, pour un temps, dans la région métropolitaine. Lui et sa dogga Stormy étaient dûs pour une routine plus stable et plus tranquille. Par contre, pas question de retourner pour le réseau public, c’est donc via son agence qu’il a fait son entrée dans une méga urgence de la rive nord de Montréal il y a quelques mois.
Pour te mettre en contexte un peu, une infirmière à l’urgence réalise une multitude de rôles et, à travers le Québec, la répartition des tâches se ressemble pas mal. Une patiente passe initialement par le triage où elle est évaluée par une infirmière qui décidera si elle peut retourner en salle d’attente ou si elle doit être vue rapidement par un médecin. Les infirmières qui occupent ces postes sont habituellement les plus anciennes et les plus formées de toutes. Pour y travailler, l’infirmière doit être alerte, avoir été exposée à tous les postes de l’urgence et avoir un excellent jugement clinique. Si une patiente est mal évaluée et se détériore en salle d’attente, c’est elle la responsable.
On retrouve ensuite les sections “observation” où les infirmières soignent les patientes en attente d’admission, sous traitement temporaire ou en attente d’évaluation médicale. Selon la grandeur du centre, il y a plusieurs de ces sections et certaines peuvent être dédiées au monitoring cardiaque ou à la santé mentale par exemple.
Il y a les “cubes” qui sont sous forme de salle d’examen et qui servent à évaluer des patientes non alitées et à appliquer des traitements plus courants comme des prises de sang ou des pansements. En début de carrière à l’urgence, on sera habituellement formée là ou à l’observation car on y retrouve la clientèle plus stable.
Finalement, on a les sections “réanimation” et “trauma” où on accueille et soigne les cas les plus critiques et où le ratio infirmière/patiente est le plus petit. Bien souvent, quand on fait de l’urgence, c’est dans ces sections là où on veut travailler car c’est là qu’on vit l’adrénaline de grands blessés.
Daven, de retour en grand centre depuis peu, a eu à se réhabituer à cette division des tâches car, en région, on fait un peu de tout. “J’ai eu un certain choc d’adaptation à arriver dans un centre où on est plus d’une vingtaine d’infirmières par quart de travail. Quand je parlais à des infirmières en poste depuis plus d’un an, elles ne connaissaient même pas toutes leurs collèges. ”
Un autre choc? Le roulement immense de patients, comparativement à la région où on peut revoir les mêmes patients quelques jours d’affilée. “En un quart, sur tes cinq civières, tu peux avoir 15 patients!”
Bien que déstabilisé initialement, Daven a pu se réadapter au rythme ultra rapide de l’urgence en ville. Le plus grand défi qu’il eut à surmonter, selon lui, c’est l’attitude de ses collègues qui sont des employées locales . Alors que certaines voient les IAP comme aidantes (du genre: Ouf on peut enfin prendre nos vacances), d’autres semblent se sentir envahies et ne comprennent pas pourquoi les infirmières ne travaillent pas toutes pour le réseau public. L’accueil n’est parfois donc pas aussi chaleureux qu’en région où les IAP sont omniprésentes.
Aussi, alors qu’on sait bien qu’un nouveau contrat rime avec un réapprivoisement de l’équipe en place, en grand centre, c’est un éternel recommencement. “Dans une grosse équipe, tu n’as pas le choix de prouver tes compétences parce que tu te fais tasser rapidement si jamais tu n’es pas assez compétente pour les grands centres. Il faut faire ses preuves au niveau de ses collèges, des patients, des préposés aux bénéficiaires et des médecins. Alors que tout le monde se connaît bien dans les petits départements, les preuves doivent constamment être refaites dans les grands centres car le roulement de personnel est beaucoup plus grand. "
Une autre difficulté, c’est de ne pas pouvoir accéder aux stations plus intéressantes, et ce, même si tu as les compétences. Donc, la réa et la trauma tant convoitées sont réservées aux infirmières locales même si elles ont parfois moins d’expérience que les IAP. Par question d’équité pour le personnel et par souci de rétention des employées, celles-ci auront droit aux stations plus intéressantes.
“Moi qui a plusieurs années d’expérience et qui a eu le rôle d’assistant dans certains centres, de retourner à l’observation c’est parfois difficile mais on s’adapte.”
Pour faire face à ces défis là, selon Daven, le truc c’est de ne pas prendre les choses personnellement, même si on a le mot “agence” d’écrit dans le dos et même si on sera peut-être traitées comme des employées complètement à part.
Pour les filles qui considèrent revenir dans une urgence métropolitaine, Daven a certains conseils tirés de son expérience personnelle. “Si tu as commencé ton parcours à l’urgence en région, ça peut être vraiment un grand défi pour toi parce que ce sont des urgences qui roulent rapidement.” À ça, il conseille de revenir dans un autre département qu’à l’urgence question de se familiariser avec les protocoles et la culture de travail de la place. “Surtout à l’urgence, les agences sont rapidement mises en action”. Il est attendu qu’une IAP soit fonctionnelle après quelques jours d’orientation seulement.
Par contre, si tu tiens vraiment à rester à l'urgence, la formation peut aller jusqu’à 10 jours selon ton niveau d’aisance et ce, c’est applicable dans tous les départements! Rappelle-toi que les gestionnaires n’ont pas intérêt à mettre sur le plancher une IAP non compétente alors ne te gène pas à demander plus de quarts de formation si tu en ressens le besoin.
Pour le futur, Daven est confiant. Il est d’opinion que nous exerçons le plus beau métier au monde et que les infirmières prennent de plus en plus leur place, en partie grâce au travail des Infirmières Praticiennes Spécialisées. “On s’enligne vers un bon chemin, on a beaucoup de travail à faire mais on va prendre notre place tranquillement.”
Dans les prochaines années, on pourra voir Daven s’impliquer auprès du comité jeunesse des Laurentides/Lanaudière, enseigner, poursuivre lui-même ses études dans le but de devenir IPS et voyager pour ouvrir ses horizons d’autant plus.
Des questions? Des expériences a partager? Laisse-moi un commentaire!